lundi 4 mai 2015

On laisse couler le gaz, l'état paiera!




Il vaut la peine de relire cet article paru sur les Echos.fr

Tarif de l’électricité : le paradoxe européen

GILLES BELLEC |

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/30/12/2014/lesechos.fr/0204046299664_tarif-de-l-electricite---le-paradoxe-europeen.htm#2Rk6ASQi23MSXdKT.99

 

Des prix de l’électricité toujours plus bas sur le marché de gros, mais toujours plus élevés pour les consommateurs : c’est la conséquence de la montée en puissance des énergies renouvelables subventionnées en Europe. En se scindant, l’allemand E.ON a peut-être trouvé une parade.

L’électricité est un service essentiellement local, organisé sur une base nationale, car le transport et l’ajustement permanent coûtent très cher. Alors qu’aux Etats-Unis le pouvoir fédéral se contente de coordonner, l’Union européenne a pris la main dans ce domaine par le biais de l’environnement, tout en ignorant l’autre volet de sa mission : la compétitivité et l’intérêt des consommateurs.

Depuis six ans, les prix de l’électricité ont augmenté de 43 % en Europe et, d’après l’EIA (l’agence américaine de l’énergie), ils sont devenus plus de deux fois plus élevés en Europe qu’aux Etats-Unis, en partie à cause du gaz de schiste, mais surtout de l’absence de précipitation des Américains pour ces transitions. L’écart des prix est appelé à croître.

L’Union européenne impose une surcapacité électrique structurelle et l’essentiel des surcoûts est encore devant nous. Depuis quelques années, trois fondamentaux se sont additionnés pour créer une surcapacité massive de production : l’interconnexion des réseaux a mis en commun la surcapacité technique existante dans chacun des 28 pays, ce qui a diminué le besoin global de surcapacité pour assurer la sécurité de tous ; la crise économique a entraîné une baisse durable de la demande industrielle ; et surtout, la plupart des pays ont été encouragés à construire de nouvelles centrales solaires et éoliennes à un moment où, en fait, aucun pays n’en avait besoin pour satisfaire la demande. Et ce mouvement se poursuit, sauf en Espagne qui a estimé cette politique inconciliable avec sa sortie de crise.

Après quelques années, la surcapacité générale a fini par entraîner un effondrement du prix de l’électricité sur le marché de gros. Alors que le prix raisonnable de long terme se situe de l’ordre de 70 à 80 euros le MWh, le niveau des prix de la Bourse de l’électricité européenne Epex ne cesse de baisser chaque année : 52 euros en 2012, 45 en 2013, puis 37 en 2014 et 35 euros prévus en 2015 !

L’insertion croissante de nouvelles sources d’ENR subventionnées conduit à des prix de vente d’électricité toujours plus bas sur le marché de gros et toujours plus élevés pour les consommateurs, qui doivent payer en plus du prix de gros les subventions pour l’éolien et le solaire. Cette divergence entre prix de gros et de détail va se poursuivre et s’accentuer.

Comme l’Allemagne est en avance en matière d’énergies renouvelables, les problèmes y apparaissent plus tôt qu’ailleurs. Cela explique pourquoi la société E.ON a décidé de se couper en deux : d’un côté, l’activité commerciale, et celle de production éolienne et photovoltaïque pratiquée sous le contrôle d’un Etat bienveillant. Ce sont des activités faciles à coter en Bourse, car financièrement peu risquées. De l’autre côté, la production d’électricité classique vendue à bas prix devient très risquée, car les électriciens restent totalement soumis à des décisions publiques imprévisibles, que ce soit pour le charbon, le gaz ou le nucléaire. Pour les centrales à charbon, le marché du CO, mais surtout aussi les limitations politiques à venir sur les émissions carbonées en Allemagne constituent une menace permanente. Dans le domaine nucléaire, l’incertitude sur la fin du cycle est tout aussi forte.

Par sa scission, E.ON se prémunit du risque de devoir payer le démantèlement ou le fonctionnement à perte des centrales « classiques » avec les profits réalisés avec l’éolien ou le solaire.

Surtout, E.ON place une de ses sociétés comme un pur producteur d’électricité garantie. Tôt ou tard, celui-ci aura une chance de retrouver bonne fortune : personne n’imagine une électricité sans une part de production garantie. Le gouvernement allemand devra alors créer des conditions permettant de rentabiliser ces équipements, même s’ils ne fonctionneront qu’une partie de l’année. Cette seconde vague engendrera alors de nouveaux surcoûts, qui sont jusqu’à ce jour cachés.

En France, nous en sommes encore à la première vague de surcoûts, celle bien connue de l’augmentation des coûts directement proportionnelle au nombre de nouvelles centrales éoliennes et photovoltaïques. Elle n’est répercutée sur le consommateur que très progressivement (6 et bientôt 10 milliards d’euros par an en France dans la CSPE, et 24 milliards en Allemagne dans l’EEG Umlage).

Mais ces surcoûts ne représentent que la partie actuellement visible de l’iceberg. Car ils arrivent en deux vagues successives. Un train de hausses peut en cacher un autre. La transition électrique allemande, comme la transition énergétique en général, ne peut s’analyser de façon simpliste en termes d’échec ou de réussite. Il s’agit d’une mutation profonde du système productif, avec des avantages et des inconvénients. Mais respecter le consommateur, c’est respecter la gestion du temps : l’impatience coûte très cher.

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